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Boulogne sur Seine

Récente co-lauréate du Prix Sogeda Marie-Véra Maixandeau est née à Monaco


"Une jeune fille de vingt ans, discrète, enthousiaste et grave, qui ne vit que pour son art, pense, respire, agit en musique, parle avec gratitude de ses maîtres, avec estime de ses confrères, telle est Marie-Véra Maixandeau, colauréate, avec M. Alain Weber, du Prix Sogeda, dont nous avons indiqué dans un précédent article le sens et la portée


Elle n'a rien fait, ces jours-ci pour attirer vers elle la curiosité de la presse. Sans doute a-t-elle adopté les beaux vers de Fernand Lame : "L'œuvre est tout, L'ouvrier n'est rien. Qu'importe au prêtre - De passer inconnu s'il fait connaître Dieu?".

C'est à un ami de sa famille que je dois d'avoir été introduite auprès de l'auteur de Boulogne-sur-Seine : notre excellent confrère Camille Orsini, délicatement expert dans l'art musical, communie avec elle dans l'amour révérent du Patriarche, j'ai nommé Jean-Sébastien Bach.

Ne croyez pas après cela que Marie-Véra Maixandeau - qui improvise au piano ces fugues avec une précoce maturité toute imprégnée de sensibilité religieuse - a écrit une musique de ballet tout droit descendue de la grande "Passacaille"! Son argument est d'inspiration populiste. Les protagonistes sont des ouvriers, qu'un pseudo-existentialiste fainéant veut entrainer dans son milieu de ratés. Sur la scène de Boulogne-sur-Seine, on sort d'une usine pour entrer dans un café. Danse du couteau et descente de police. Suicide et vaisselle brisée. Qu'en pense, au paradis des musiciens, l'auteur de la Passion selon saint Jean? Sans doute qu'il faut, comme il le fit lui-même, parler le langage de son temps. On peut s'attaquer à tous les sujets, pourvu qu'on y apporte une frisson personnel et qu'on ait, tout d'abord, appris la grammaire!


Or, la syntaxe de l'art musical, Marie-Véra Maixandeau la connaît avec une intuition contrôlée par l'étude. Il n'y a jamais eu de faute d'harmonie dans ses compositions, remarque Camille Orsini. Au fait, quelle fut la première œuvre? Un motet de la Pentecôte à quatre voix, exécuté par la maîtrise de la Cathédrale, sous la direction du chanoine Aurat. Ainsi, ne pourrait-on demander à Monsieur l'Abbé Carol de réinscrire ce motet à ses programmes, afin qu'"Art et Foi" en réveillât les harmonies en temps opportun?

Elève, à Monaco, du maître Emile Bourdon et du maître Denneis; reçue à 15 ans au Conservatoire de Paris, dans la classe de Jean Gallon (harmonie), elle y obtint, à 17 ans, son premier prix à l'unanimité avec félicitations du jury. L'année suivante, elle se voyait décerner un deuxième prix de fugue. C'est le maître Henri Büsser qui lui fit commencer ses études de composition et l'envoya à Tony Aubin, dans la classe de qui elle a obtenue, l'an dernier, un premier prix de composition avec un concerto pour piano et orchestre dont nous avons pu admirer récemment le deuxième et le troisième mouvements au cours d'un concert dirigé, à Radio-Monte-Carlo, par le maître Pierre Dervaux. Une sonate pour piano et violon, exécutée sous le patronage de l'UNESCO, un quintette pour clarinette et quatuor à cordes, trois "Vocalises pour un Rossignol", tel est le précoce bagage de celle qui compose depuis l'âge de six ans et dont Reynaldo Hahn* fut le premier à dire : "on veut en faire une pianiste, elle sera compositrice".


Son projet actuel : un concerto pour flûte. Avis au grand lauréat du Prix Radio-Monte-Carlo de musique de ballet, Marcel Peyssiès, qui, par un phénomène étrange, se refuse à écrire pour son instrument. Ne serait-ce pas là une charmante occasion d'unir les deux triomphateurs?

En attendant, Marie-Véra Maixandeau ressent avec une joie émue tout le prix et l'honneur qui lui a été fait et elle se montre d'autant plus reconnaissante envers S.A.S le Prince Pierre de l'avoir désignée que, née à Monaco, elle est particulièrement heureuse de voir son nom associé à la Principauté, capitale de la Beauté."


S. MALARD

(Poète, journaliste et "animatrice radiophonique", Suzanne Malard a notamment écrit un émouvant poème, publié en 1935, intitulé "l'organiste aveugle", qui, bien qu'il n'ait pas été écrit pour elle, pourrait s'appliquer à Marie-Véra)


* Reynaldo Hahn (1874 - 1947), compositeur, élève de Jules Massenet au Conservatoire de Paris, il compose de nombreuses mélodies mais également des opérettes et comédies musicales. Inquiété pour ses origines juives, il doit quitter Paris en 1940 pour Cannes puis Monte-Carlo, où il a pu en effet côtoyer Marie-Véra. Il revient à Paris en 1945, période où Marie-Véra entre au Conservatoire.

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